Capitale : Minsk
Population : 10 M hab.
Superficie : 207 600 km²
Membre de la grande coalition réunie autour d’Alyaksandr Milinkievitch, le Parti des Communistes du Bélarus doit lutter contre les pressions exercées par les autorités sur ses militants, et contre une fraction fantoche créée par le pouvoir. Rencontre avec Syarheï Kaliakine, secrétaire général du PC et porte-parole de Milinkevitch.
Ancien cadre du Parti communiste d’URSS ayant occupé des fonctions administratives au sein de la municipalité de Minsk à l’époque soviétique, Syarheï Kaliakine, 54 ans, est aujourd’hui porte-parole du candidat de l’opposition unie. Membre de la présidence du parlement sous la 13e législature, au lendemain de l’indépendance de la Biélorussie, il dirige le PC biélorusse depuis 1994.
Courrier de la Biélorussie (CdBY) : Comment et pourquoi le Parti des communistes du Bélarus (PCB) fait-il partie de la grande coalition d’opposition ?
Syarheï Kaliakine (SK) : Nous sommes, avec d’autres formations, les initiateurs de cette coalition. Aujourd’hui, les querelles politiciennes sur telle ou telle plate-forme électorale n’ont aucun sens. Ce genre de désaccords ne mènent à rien, puisqu’il n’y a maintenant qu’une seule idéologie, le Loukachisme, qu’il faut vaincre. Toutes les institutions de la société civile ont été liquidées, il ne reste plus, en 2006, qu’une façade pseudo-démocratique qui sert de cache-sexe à la dictature d’un seul homme. Il faut détruire ce système, qui est incapable de régler les problèmes de la société et qui freine le développement économique et politique du pays.
CdBY : Que pensez-vous de ceux qui, notamment à l’Ouest, disent que le régime de Loukachenko est un régime « social », que les gens vivent bien sous sa direction en Biélorussie ?
SK : On dit que les gens mangent à leur faim, que personne ne vit dans la rue. C’est très bien, mais en prison aussi, personne ne souffre de famine ! Nous sommes dans une prison sociale, il n’y a aucun développement, il n’y a aucune forme de concurrence entre les forces sociales, entre les acteurs de la société... Avant, la Biélorussie était devant tous ses voisins au niveau économique, devant la Pologne, les Pays baltes, même la Russie. Aujourd’hui, le pays ne dépend que du gaz russe. Sans aucun doute, ce régime va s’effondrer, et le Bélarus aura perdu plusieurs années de développement.
CdBY : Justement, comment voyez-vous la Biélorussie de l’après-Loukachenko ?
SK : Il faudra mettre en place un régime parlementaire et démocratique, et définir une stricte division des pouvoirs exécutif, législatif, judiciaire... Le PCB est pour un gouvernement fort, doté d’une économie mixte où l’État a sa place mais avec la présence d’un secteur privé efficace et une économie de marché réelle. Nous voulons abolir les monopoles et mettre en place tous les éléments pour la naissance d’une société libre et ouverte, avec des médias indépendants du pouvoir, etc. Au niveau international, nous souhaitons que la Biélorussie se pose comme un État neutre, ouvert à l’étranger. Regardez notre position géographique : le Bélarus pourrait parfaitement se définir comme État-tampon entre les pays membres de l’OTAN et les anciennes républiques soviétiques, et pourrait développer des relations d’amitiés avec les deux blocs sans en faire partie.
CdBY : Et que pensez-vous de l’intégration européenne de la Biélorussie ?
SK : A l’heure actuelle, c’est absolument irréel et impossible. La Biélorussie n’est pas prête, et de toute façon l’UE n’est pas prête non plus pour un nouvel élargissement. Il y a des problèmes plus urgents à régler. Par rapport à Bruxelles, il faudra simplement établir des relations normales avec tous les États-membres et avec l’UE, pour enfin détruire ce mur dressé entre l’Europe et la Biélorussie de Loukachenko.
CdBY : Quelle est l’histoire du PCB d’après l’indépendance, quelle est la situation du parti aujourd’hui ?
SK : Le PCB est né en 1991, lors de l’indépendance. Il ne s’agit donc pas d’une branche locale du PC soviétique de l’époque. Jusqu’en 1996, le PCB était le parti qui avait le plus d’influence dans le pays, nous avons déjà eu jusqu’au quart des sièges de l’assemblée. Aujourd’hui, nous avons des représentants dans plus de 80% des villes et régions du pays, alors qu’il y a deux ans à peine, nous couvrions tout le territoire. Il faut savoir qu’en 1996, Loukachenko a organisé la création d’un second parti communiste, pour contrecarrer notre influence. Mais ce faux parti ne fait rien, rien d’autre que de lutter contre nos actions et d’applaudir le Président.
CdBY : Et quel est le profil des membres de votre parti ?
SK : Au début des années 90, nos membres étaient plus âgés, et faisaient majoritairement partie de la génération de la guerre [1939-1945], alors qu’aujourd’hui notre membership est beaucoup plus diversifié, plus jeune aussi. Mais nous avons cinq fois moins de membres qu’auparavant, depuis que le parti n’est plus reconnu par les autorités, et que le pouvoir exerce des pressions sur nos militants, notamment sur les lieux de travail, ce qui a causé le départ de certains militants... Géographiquement, le parti est mieux représenté à l’est, dans la région de Gomel par exemple.
CdBY : Comment voyez-vous la Biélorussie dans cinq ans ?
SK : Je la vois libérée de Loukachenko, je vois une Biélorussie libre et démocratique. Je suis persuadé que dans cinq ans, le pays aura déjà un gouvernement démocratiquement élu sera en place pour remettre le Bélarus dans la voie de la prospérité.