Le Courrier de la Biélorussie
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Biélorussie

-  Capitale : Minsk
-  Population : 10 M hab.
-  Superficie : 207 600 km²

Le Courrier de la Biélorussie
Paval Sieviaryniec, bûcheron malgré lui
Par Alexandre Billette

Trois opposants sont astreints à résidence dans des régions isolées de Biélorussie. Parmi ceux-ci, Paval Sieviaryniec, chef du Front de la jeunesse, purge une peine de deux ans dans le village forestier de la compagnie Lesprokhoz. Rencontre avec le militant à Maloïe Sitno, son lieu de résidence.

Pour parvenir à Maloïe Sitno, petit village perdu à l’extrême Nord-Est de la Biélorussie, jouxtant la frontière russe, il faut rouler une quarantaine de minutes sur une piste de neige. Si ce n’était du chemin de fer emprunté par les express Kiev-Saint-Pétersbourg, on pourrait facilement se croire de retour au XIXe siècle, avant de tomber nez à nez avec d’énormes grues qui déposent des troncs d’arbre sur des wagons de fret.

Rien ne distingue Maloïe Sitno des centaines de petits villages forestier de l’ex-URSS. Les 500 habitants du village sont tous employés à la Lesprokhoz, une compagnie forestière d’État. Dans le village, des maisonnettes de bois, une minuscule épicerie, quelques dortoirs, et l’on devine au loin les bâtiments de l’entreprise dominant le petit bourg.

La plupart des ouvriers de Lesprokhoz sont originaires de la région, mais l’entreprise compte depuis peu un nouvel élagueur : Paval Sieviaryniec, chef du Front de la jeunesse, un mouvement nationaliste de droite affilié au Front populaire biélorusse [1]. Assigné à résidence et dans l’obligation de travailler pour Lesprohoz, Paval Sieviaryniec purge sa peine depuis mars 2005, officiellement accusé d’avoir bloqué la circulation du centre-ville de Minsk durant 21 minutes lors d’une manifestation !

C’est que le jeune homme de 29 ans dérange le pouvoir du président Alexandre Loukachenko. Depuis 1996, lorsque Loukachenko sort des cartons le projet d’union de la Russie et de la Biélorussie, il est de toutes les manifestations. Paval Sieviaryniec sera même candidat lors des élections de 2004, fort de sa récolte des 2000 signatures nécessaires à la candidature. Il ne pourra cependant pas participer au scrutin : deux semaines avant le jour du vote, il sera accusé de diffamation pour avoir affirmé, à la radio, que « la corruption règne ».

Le jeune Sieviaryniec va néanmoins poursuivre ses activités militantes, qui le mèneront en Ukraine lors de la « révolution orange » de décembre 2004 pour y rencontrer les membres de « Pora ». Lors de son retour de Kiev, les autorités vont durcir leur position face aux militants « professionnels » de l’opposition : Sieviaryniec étant sous le coup d’une enquête pour « désordre public » lors d’une manifestation l’année précédente, sa visite ukrainienne lui vaudra d’être classé comme « élément dangereux » et le procès prévu sera rapidement lancé. « Ils ont eu peur, après la révolution ukrainienne », explique Sieviaryniec dans son dortoir de Maloïe Sitno. « Et puisqu’il y a peu de spécialistes des manifestations de rue en Biélorussie, ils m’ont tout de suite arrêté », en compagnie de Mikola Statkevitch, proche du Parti social-démocrate. Officiellement inculpé pour avoir troublé la circulation des rues de Minsk pour une vingtaine de minutes - « un comble alors que le Président bloque les rues tous les jours avec son cortège » -, le militant originaire de Vitebsk devra plier bagage pour Maloïe Sitno, où sa « propiska », le visa intérieur biélorusse, le condamne à s’installer.

Au village, la vie est rude : « six jours par semaine, nous devons être au garage à 7h15, où l’on nous envoie dans une zone forestière à défricher, jusqu’à 16 heures. Ensuite, c’est le retour au camp, le repas, un peu de temps libre et à 22 heures, l’extinction des feux ». Le prisonnier politique est néanmoins soumis au même régime que les autres travailleurs. « Pour eux, c’est encore pire. On touche tous le même salaire [environ 80 dollars par mois], mais puisque j’ai été envoyé ici par les autorités de Minsk, on sent que l’affaire est sérieuse et l’on n’ose pas me causer d’ennuis ». Il est certes autorisé à quitter le village un week-end sur six pour voir ses parents à Vitebsk, mais la visite n’est pas une mince affaire : « je dois faire tamponner mon autorisation de sortie le samedi matin à Vetrino, puis rebrousser chemin pour me rendre à Vitebsk, et enfin refaire le parcours inverse dès le lendemain ».

Ayant bénéficié d’une amnistie lors des célébrations du 60e anniversaire de la Victoire contre le régime nazi, Sieviaryniec doit encore purger 15 mois à Maloïe Sitno. Deux autres opposants sont reclus en « camp de travail » en Biélorussie : le militant Mikola Statkevitch est assigné au village de Baranovici, et Andreï Klimov, un entrepreneur, réside dans un village de la région de Minsk, où il travaille comme balayeur dans une usine d’État.

Quant au leader du Front de la jeunesse, il a déjà une cinquantaine d’arrestations à son actif, et subit sa peine avec une énergie toute mystique : fervent croyant, il s’est engagé au Front de la jeunesse afin de « lutter pour l’orthodoxie et l’identité nationale ». « Il faut retrouver nos valeurs morales, affirme-t-il, et bien comprendre que c’est le christianisme qui est à la base de notre nation ». Des positions ultraconservatrices qui ne suscitent pas que de l’enthousiasme au sein de l’opposition unie contre Loukachenko...

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