Le Courrier de la Biélorussie
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Biélorussie

-  Capitale : Minsk
-  Population : 10 M hab.
-  Superficie : 207 600 km²

Le Courrier de la Biélorussie
Au pays des « kolkhozes modèles » qui assurent la paix sociale

En Biélorussie, moins de 5% des terres agricoles sont privées. Les kolkhozes assurent toujours l’essentiel de la production agricole. Formellement transformés en sociétés par action, ces kolkhozes font vivre l’immense majorité des populations rurales et sont un des piliers importants de l’encadrement social et politique du pays.

Par Jean-Arnault Dérens

C’est un kolkhoze « moyen », dans l’immédiate périphérie de Minsk. Depuis la cour des installations agricoles, on peut voir la barre des immeubles qui marque la limite de la ville. Un fonctionnaire du ministère de l’Économie, qui tient à préserver un strict anonymat, assure que ce kolkhoze se situe « dans la norme ». Ce n’est pas un kolkhoze modèle pour visites étrangères, mais il y a beaucoup de kolkhozes, éloignés des centres urbains, où les conditions de travail et de vie sont bien plus mauvaises.

De fait, on ne vit pas si mal que ça au kolkhoze « Belarus », qui s’est autrefois appelé, successivement, « La voie de Staline », puis « La voie vers le communisme ». Les salariés disposent de maisonnettes spacieuses, confortables et bien chauffées.

Les 2700 hectares de terres du kolkhoze sont essentiellement orientées vers l’élevage. Le kolkhoze possède aujourd’hui 930 vaches laitières et 2000 cochons. Il produit aussi du blé et des pommes de terre. La production laitière représente 60% des ressources du kolkhoze. Le lait est immédiatement transporté dans les cinq usines laitières de Minsk, qui assurent sa transformation. En hiver, le kolkhoze produit 15 tonnes de lait par jour, 24 en été. Une salle de traite a été récemment remise à neuf, et possède un matériel italien dernier cri.

Le directeur du kolkhoze, Vassili Tichkov, n’envisage pas d’autre forme de production, même s’il reste muet sur la rentabilité de l’exploitation qu’il dirige. L’État garantit le prix du lait, acheté au kolkhoze pour 375 roubles biélorusses le litre. Vassili Tichkov reconnaît cependant que le kolkhoze n’a pas les moyens d’investir, et que les nouveaux matériels ont été « offerts » par l’État.

Le fonctionnaire anonyme profite d’un trajet en voiture, loin de l’optimiste directeur, pour resituer le kolkhoze dans son contexte général : « près des villes, ce genre d’agriculture industrielle n’est pas aberrant, car il existe un marché immédiat. Par contre, dans les campagnes, la production pourrit sur place, et seules des mesures administratives permettent de maintenir la population sur place, car tous les jeunes veulent fuir ces kolkhozes en crise profonde ».

Dans le système de pouvoir biélorusse, les kolkhozes jouent un rôle important. Ceux qui comptent le plus de salariés disposent même d’un « directeur à l’idéologie », ce qui n’est pas le cas du kolkhoze « Belarus », trop petit. Ces « commissaires politiques » sont chargés d’expliquer et de faire appliquer l’idéologie de l’État biélorusse, alpha et omega du « loukachisme ».

Lors des précédentes élections, on sait aussi que certains directeurs de kolkhozes où les candidats du pouvoir n’avaient pas obtenu plus de 60% des voix ont été licenciés. Les pressions en amont du scrutin se révèlent plus discrètes et bien plus efficaces que la fraude directe. De ce point de vue, les kolkhozes sont un élément essentiel du contrôle politique de la population.

Ils jouent aussi un rôle social majeur. Officiellement, la Biélorussie connaît une situation de quasi plein emploi. En réalité, le chômage caché est massif, et les salariés sont sous-employés. Les kolkhozes contribuent donc à « fixer » une part essentielle de la population rurale, et l’État les finance à perte, grâce aux quelques secteurs rentables de l’économie, essentiellement les activités liées au transit du pétrole et du gaz russe.

Dans ces conditions, le directeur Vassili Tichkov peut se réjouir des améliorations techniques récemment apportées, et garder les yeux fixés sur ses chiffres de production, exactement comme il le faisait il y a 20 ans, à l’époque soviétique.

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