Capitale : Minsk
Population : 10 M hab.
Superficie : 207 600 km²
Le Congrès des Syndicats de Biélorussie, en butte à la répression constante du régime, remet en cause le soi-disant « modèle social » biélorusse. Avec la généralisation du système des contrats de travail temporaires, tous les travailleurs sont désormais précarisés. Rencontre avec le dirigeant syndical Aliaksandr Yarashuk.
Le Courrier de la Biélorussie (CdBy) : Présentez-nous la situation syndicale en Biélorussie.
Aliaksandr Yarashuk (AY) : Il existe deux organisations, la Fédération des syndicats de Biélorussie, et le Congrès. La Fédération, qui est l’héritière du syndicat unique de l’époque soviétique, est restée plus ou moins indépendante jusqu’en 2002, mais dans un contexte toujours plus difficile, où elle a été obligée de s’engager dans le camp du pouvoir. Après les élections présidentielles de 2001, une forte bataille a eu lieu au sein de la Fédération pour essayer de sauvegarder l’indépendance du mouvement syndical. Le président de la Fédération a été contraint à la démission, les comptes bancaires ont été bloqués, et la Fédération a été obligée à se rallier à Loukachenko. Aujourd’hui, elle est redevenue un syndicat officiel, comme à l’époque soviétique. Elle est définie comme l’un des trois piliers de l’État, avec les pouvoirs locaux et l’organisation de jeunesse. Elle joue le rôle d’un syndicat dans un régime totalitaire, c’est-à-dire celui d’une annexe du ministère du travail. Personnellement, je dirigeais alors l’Union des syndicats agricoles, qui comptait un million de membres. En 2002, j’ai choisi de quitter la Fédération, et de m’engager dans le développement d’un syndicalisme vraiment indépendant. Notre Congrès a été créé en 1992, il était alors très politisé et très lié à l’opposition. Il compte aujourd’hui 10 000 adhérents, mais nous sommes en butte à une forte répression.
CdBy : Par exemple ?
AY : Par exemple, nous avons une section syndicale forte et très active dans la grande usine d’azotes OAO de Hrodna. Des pressions très fortes ont eu lieu sur nos syndiqués. Depuis janvier, près de 300 de nos 800 militants n’ont pas repris leur carte par crainte de sanctions...Le KGB essaie également de nous expulser des locaux que nous utilisons à Minsk, mais notre propriétaire, un entrepreneur privé, s’en tient au contrat que nous avons signé avec lui.
Contrats temporaires pour tous les travailleurs
CdBy : Le gouvernement a récemment généralisé un système de contrat de travail à durée déterminée...
AY : En effet, depuis un an, ce système de contrats temporaires a été généralisé à tous les secteurs économiques. Il s’agit officiellement d’une mesure de rationalisation, mais qui implique en fait une précarisation de tous les travailleurs. Les contrats sont généralement d’un an, rarement de 3 ou 5 ans. Depuis l’adoption de cette mesure, une dizaine d’adhérents du syndicats n’ont pas eu leur contrat renouvelé, ce qui a permis de les licencier, dans le cadre d’une loi du travail fondamentalement injuste. Le gouvernement vante l’harmonie sociale qui règnerait en Biélorussie, en fait, ce système introduit la peur permanente de perdre son emploi.
CdBy : Le Bureau international du travail a plusieurs fois dénoncé la Biélorussie ?
AY : La Biélorussie a été citée trois fois dans les rapports annuels du BIT. En novembre 2004, le BIT a formulé 12 recommandations, dénonçant notamment l’interférence de l’État dans l’activité syndicale, le refus d’enregistrer des organisations syndicales, les obstacles aux activités syndicales. Bien sûr, aucune de ces recommandations n’a été suivie. La commission européenne s’est aussi saisie du dossier. La Confédération internationale des syndicats libres (CISL) et la Confédération européenne des syndicats (CES) ont porté plainte à Bruxelles contre la préférence commerciale accordée à la Biélorussie, malgré les entraves aux activités des syndicats.
CdBy :Êtes-vous membres d’une fédération internationale des syndicats ?
AY :Nous sommes membres de la CISL depuis 2003, et nous avons des liens avec tous les syndicats européens, ainsi qu’avec tous les syndicats de la Confédération des États indépendants, même avec la Fédération des syndicats de Russie...