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Biélorussie

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Le Courrier de la Biélorussie
BDG, le journal qui survit malgré tout
Propos recueillis par Alexandre Billette

Le journal BDG (Bielorusskaïa Delovaïa Gazeta, le « Journal biélorusse des affaires ») s’inscrit dans la lignée des journaux qui ont vu le jour peu après 1991, au lendemain de l’indépendance du pays. Aujourd’hui semi-clandestin, « BDG » fait partie des quelques titres indépendants qui survivent dans le difficile contexte biélorusse. Rencontre avec Petr Martsev, rédacteur en chef de BDG.

Courrier de la Biélorussie (CdBY) : Vous êtes l’un des fondateurs de BDG ; expliquez-nous dans quelles conditions ce journal a été créé ?

Petr Martsev (PM) : Nous avons lancé BDG en 1992, après l’indépendance. C’était une période historique, une période de grands espoirs de réformes démocratiques. Au départ, il s’agissait d’un journal consacré aux affaires, à l’introduction à l’économie de marché - d’où le nom - mais nous sommes rapidement passé à une publication généraliste, dès 1995. Le quotidien était publié par une petite maison d’édition, Marat, qui publiait également d’autres titres : « Imya », un autre journal d’investigations et d’enquêtes, etc...

CdBY : A quel moment les ennuis ont-ils commencé pour vous ?

PM : L’année 1996 a vraiment marqué la fin de la vie démocratique en Biélorussie, et nous avons également commencé à subir, à compter de cette date, divers ennuis. On nous a d’abord retiré l’autorisation d’être distribué par les réseaux d’État, puis le pouvoir a multiplié les mesures administratives pour nous mettre des bâtons dans les roues. C’est à compter de 1999 que l’on a compris que le régime voulait définitivement éliminer notre journal de la circulation. Et en 2003, l’ordre a été officiellement donné de fermer le journal pour trois mois. Loukachenko croyait que cette période allait être suffisante pour tuer le journal, mais nous avons poursuivi l’aventure, sans toutefois pouvoir distribuer notre journal dans les kiosques.

Les autorités ont maintenu la pression, je dirais même qu’ils sont plus offensifs depuis 2005. Les attaques se font maintenant par le biais de la justice, nous sommes perpétuellement en procès pour diffamation... Nous avons été condamnés à plusieurs reprises, pour des amendes allant de 50 000 $ à 1 000 000 $ ! Jusqu’à maintenant, nous avons payé environ 150 000 $ en amendes de toutes sortes... La police fiscale tente également de trouver des irrégularités sur nos comptes afin de nous barrer la route.

CdBY : Comment BDG survit-il aujourd’hui ?

PM : Nous sommes imprimés à Smolensk, en Russie, et nos ventes se font essentiellement par abonnement postal. Quelques kiosques courageux vendent parfois un ou deux numéros, mais rarement sur une base régulière. Nous avons diminué le rythme, en publiant deux numéros par semaine en 2003, puis maintenant sur une base hebdomadaire. Nous avions 140 employés, désormais seulement 22, dont neuf journalistes. Notre tirage est d’environ 5 000 exemplaires, avec un taux moyen de 12 lecteurs par copie, contre 3 auparavant. Et 90% de nos lecteurs sont de Minsk, puisqu’il est très difficile pour nous d’avoir une certaine visibilité à l’extérieur de la capitale. Et nous avons huit fois moins de revenus publicitaires qu’avant, donc les ressources sont vraiment limitées. On envisage éventuellement de concentrer nos activités sur le site Internet du journal [1]. BDG est l’un des premiers médias biélorusses à avoir fait l’expérience d’Internet, nous avions déjà un site en 1995 !

CdBY : Que va-t-il se passer lors des présidentielles du 19 mars ? Comment voyez-vous la Biélorussie dans quelques années ?

PM : Ce ne sont pas des élections ! Rien ne va changer le 19 mars. Personne ne reconnaîtra les résultats du scrutin à l’Ouest, mais rien n’y fera... Et Loukachenko parvient à garder une base d’appui populaire parce que les conditions de vie se sont améliorées depuis 1995, les salaires sont payés régulièrement, les retraites aussi. Et une certaine partie de la population, en comparant ce qui se fait chez les voisins russes ou ukrainiens par exemple, préfèrent se replier sur la sécurité qu’apporte ce régime. Vous savez, pendant des siècles, l’on a subi les tsars, l’Union soviétique, et c’est devenu une tradition de préférer la sécurité à la liberté. C’est une habitude contre laquelle il faut lutter.

Le pouvoir tient également en grande partie grâce au gaz et au pétrole russe, que l’on paye au même prix que pour le marché intérieur de Russie. Mais à mon avis, ces bas prix ne vont pas durer, et le régime va connaître une grande crise lorsque ce sera le cas. Peut-être dès cet automne...

Notes
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