Capitale : Minsk
Population : 10 M hab.
Superficie : 207 600 km²
Mouvement de défense des droits de la personne, l’organisation « Charte 97 » publie notamment l’un des sites Internet les plus fréquentés de l’opposition. « Il faut que les gens osent manifester, c’est le seul moyen d’expression de la majorité dans ce pays », estime un dirigeant de cette organisation. Interview.
Note : en raison des amendements législatifs en vigueur depuis janvier 2006 (voir en ligne), nous ne pouvons divulguer le nom du dirigeant interviewé.
Courrier de la Biélorussie (CdBY) : Comment est né « Charte 97 » et quels sont ses objectifs ?
Charte 97 : Le mouvement de la « Charte » s’inspire de l’organisation créée en Tchécoslovaquie, « Charte 77 », qui militait pour la défense des droits de l’Homme lorsque le pays était sous domination soviétique. Nous jouons au sein de la société civile le rôle plus ou moins officiel de coordonnateur pour les activités militantes organisées par les associations non enregistrées par le pouvoir. Nous sommes membre de la coalition « Biélorussie libre », qui regroupe des organisations qui ne sont pas reconnues par les autorités : mouvements antifascistes, écologistes, comités de grévistes, mouvements de jeunesse... Nos actions sont diverses, la défense des droits de l’Homme est l’un des vecteurs de notre organisation, nous attachons aussi beaucoup d’importance à la défense des quatre disparus [1] ...
Notre site Internet [2]. tente de donner le plus d’information possible sur la situation politique dans le pays ; il s’agit d’ailleurs du site d’information le plus fréquenté en Biélorussie...
CdBY : Quelle est justement la marge de manœuvre dont vous disposez sur Internet ? Les autorités exercent-elles une censure sur le réseau ?
Charte 97 : Le serveur qui héberge notre site n’est pas situé en Biélorussie, ce qui nous permet de contourner le problème de la censure. Mais la situation n’est pas simple, puisqu’il n’y a qu’un seul fournisseur d’accès - public - en Biélorussie. Une rumeur circule à l’effet que les autorités auraient récemment rendu visite à leurs homologues chinois pour voir comment Pékin parvenait à contrôler l’information sur Internet... Pour les élections de 2001, le KGB a bloqué notre site Internet. Nous avons réussi à maintenir tant bien que mal le site en ligne, grâce notamment à cinq sites miroir. Avec la tenue des élections présidentielles en mars, il est possible que les autorités fassent de même d’ici quelques semaines.
CdBY : Comment voyez-vous ces élections ? Que fera « Charte 97 » durant la campagne ?
Charte 97 : La société commence à bouger. Loukachenko le sent, c’est pourquoi il a devancé la date des présidentielles, pour couper l’herbe sous le pied de l’opposition qui est parvenue à nommer un candidat unique. L’anticipation du scrutin est une conséquence directe du congrès des forces démocratiques, qui a choisi en octobre dernier Alexandre Milinkevitch. Malgré l’absence d’information de masse sur ce dernier, on sent que les gens l’apprécient. Même parmi la population moins politisée, on observe qu’il jouit d’une bonne cote de popularité. C’est très important, c’est la première fois, depuis l’arrivée au pouvoir de Loukachenko, qu’un candidat de l’opposition parvient à rassembler autour de lui l’adhésion d’un si grand nombre. Durant la campagne électorale, notre objectif est d’informer le plus possible les Biélorusses sur les choix politiques qui s’offrent à eux.
CdBY : Comment voyez-vous l’après 19 mars ?
Charte 97 : Il faut que l’opposition garde le cap actuel, j’espère que la grande coalition autour de Milinkevitch restera unie et saura éviter les querelles internes. Il faut mobiliser les gens qui veulent que la situation change mais qui n’y croit pas aujourd’hui. Et il faut que Milinkevitch s’inscrive dans la durée, il doit démontrer qu’il constitue une véritable alternative à Loukachenko. Trois facteurs feront en sorte que l’opposition réussira son pari - ou non : il faudra que la popularité de Milinkevitch au sein de la population se maintienne ; qu’il mène une bonne campagne - même si les résultats sont évidemment connus d’avance ; et que le nombre de personnes qui osent affirmer leur rejet du « système Loukachenko » augmentent. Il faut que les gens osent manifester, c’est le seul moyen d’expression de la majorité ici.
Le système se maintient en place grâce à la police et aux services secrets, répartis en sept ou huit services différents. Donc bien sûr, les gens ont peur, peur des filatures, des pressions exercées sur eux au travail par exemple, s’ils commencent à militer contre le régime. C’est cette peur qu’il faut vaincre.
CdBY : Comment voyez-vous la Biélorussie dans cinq ans ?
Charte 97 : J’espère que nous connaîtrons un autre système politique... Je ne sais pas quand Loukachenko va tomber, chose certaine ça prendra du temps... Et j’espère que d’ici là, l’Europe sera plus attentive à ce qui se passe ici.
[1] Il s’agit de Youri Zakharenko, ancien ministre de l’Intérieur (disparu le 7 mai 1999), de Viktor Gontchar, ancien vice-président du Parlement (disparu le 16 septembre 1999), d’Anatoly Krasovski, entrepreneur (disparu avec Viktor Gonchar), et de Dmitri Zavadski, cameraman pour la chaîne TV russe ORT.
[2] Voir en ligne.