Capitale : Minsk
Population : 10 M hab.
Superficie : 207 600 km²
« Zubr », qui veut dire « bison » en biélorusse, est un mouvement de jeunes qui s’inspirent des équivalents serbe Otpor, ukrainien Pora et géorgien Kmara. Nés en 2001, les « bisons » ne sont pas officiellement liés à un parti politique, mais militent activement contre le régime d’Alexandre Loukachenko. Rencontre avec l’un des dirigeants du mouvement.
Note : en raison des amendements législatifs en vigueur depuis janvier 2006 (voir en ligne), nous ne divulguerons pas le nom exact du dirigeant interviewé.
Le Courrier de la Biélorussie (CdBY) : comment est né Zubr, quels sont les objectifs du mouvement et vos principales activités ?
Zubr : l’organisation est née en 2001. Il s’agit d’une coalition de jeunes et d’organismes qui promeuvent la défense de la démocratie en Biélorussie. Nous militons également pour l’intégration du pays à l’Union européenne et aux structures de l’OTAN. Mais nos activités sont essentiellement de l’ordre de la communication : nous voulons montrer que des gens luttent dans le pays contre Loukachenko, nous voulons répandre l’information sur les mouvements, sur les événements qui s’organisent. En somme, nous voulons centraliser toute l’information disponible afin de coordonner le plus possible les actions des militants anti-Loukachenko.
Politiquement, nous ne sommes liés à aucun parti politique, puisque nous comptons dans nos rangs des militants de droite comme de gauche. Au départ, il y avait essentiellement des universitaires dans nos rangs, mais une cinquantaine d’entre eux a été exclue de l’université en raison de leurs activités au sein de Zubr. Et depuis, nous comptons beaucoup de jeunes militants, de lycéens... Il est difficile de donner un chiffre exact de nos sympathisants, mais on peut estimer à environ 2000 le nombre de nos supporters.
CdBY : Que comptez-vous faire lors des élections présidentielles de mars prochain ?
Zubr : Nous ne faisons pas officiellement campagne pour le candidat Milinkevitch, puisque nous ne souhaitons pas être associés à un parti politique. Mais en tant qu’organisme issu de la société civile, nous allons diffuser toute l’information possible pour exiger des élections libres en Biélorussie, et nous allons publier tout renseignement faisant état de malversations de la part du pouvoir durant la campagne électorale et lors du vote.
CdBY : Comptez-vous avoir des observateurs durant ces élections, avez-vous des militants qui le seront à titre personnel ?
Zubr : Non, nous n’engagerons aucune activité en ce sens. C’est totalement inutile, puisque ces élections sont truquées d’avance.
CdBY : Quelles sont vos relations avec Pora, en Ukraine, ou encore les mouvements géorgien et serbe ?
Zubr : Ce sont nos amis. En 2004, nous avons effectué des formations communes avec les Ukrainiens du mouvement Pora, et plusieurs de nos membres étaient présents lors de la révolution ukrainienne. Avec les Serbes et les Géorgiens, nous avons aussi de bons contacts et nous échangeons régulièrement des informations, via Internet.
CdBY : Quels sont vos financements, comment parvenez-vous à publier votre matériel, revues, autocollants, etc. Êtes-vous appuyés par des ONG ou des organismes étrangers ?
Zubr : Nous sommes soutenus par des hommes d’affaire biélorusses qui, en toute discrétion, nous aident financièrement. Par contre, la Biélorussie est différente de l’Ukraine ou de la Géorgie : ici, c’est un véritable régime totalitaire. Impossible de recevoir des fonds de l’étranger, les ONG étrangères sont interdites et les autorités contrôlent très bien l’argent qui rentre dans le pays.
CdBY : Quelles formes prend la répression que vous subissez de la part des autorités ?
Zubr : Elles sont diverses : les manifestations sont interdites, et les rassemblements que nous organisons sont parfois suivis d’arrestations... Sinon, les organisateurs sont souvent harcelés à titre personnel : à Gomel, un militant a été arrêté pour trafic de drogue alors que les stupéfiants avaient été mis dans son sac à son insu ; à Mogilev, une militante a été filmée en train de faire l’amour avec son copain, et le KGB local a exercé un chantage auprès d’elle avec la cassette. Un autre a été accusé d’avoir volé du matériel informatique qui se trouvait chez lui, alors qu’il avait reçu l’équipement de l’ambassade américaine, qui n’avait évidemment pas porté plainte ! Moi, par exemple : cette conversation pourrait me valoir deux ans de prison, selon les nouveaux amendements législatifs...
CdBY : Justement, quelles sont vos motivations personnelles ? Pourquoi militez-vous au sein de Zubr ?
Zubr : Quand Loukachenko a été élu pour la première fois, j’étais encore très jeune, mais j’ai senti que quelque chose ne tournait pas rond : il a vendu l’indépendance du pays ! Il a fermé les écoles en langue biélorusse ! Un peu plus tard, lors de mes études universitaires, j’ai été amené à représenter le pays à l’étranger, j’ai vu comment la Biélorussie de Loukachenko était perçue, et j’ai voulu faire quelque chose pour changer l’image du pays, montrer qu’il y a une autre Biélorussie, qu’il se passe quelque chose, ici !
Voir en ligne : www.zubr-belarus.com
Article très intéressant !
Je vous recommande également l’article sur ZUBR publié dans le magazine européen cafebabel.com !
Zubr : un bison contre la dictature http://www.cafebabel.com/fr/article.asp ?T=T&Id=6264
je suis français, et effectivement disons que du peu que je m’informe du Belarus, Loukachenko m’est plutôt désagréable pour être poli...mais je pense que l’avenir le plus prometteur pour la Biélorussie est du côté de la Russie. les perspectives sociales et économiques sont plus avantageuses pour le pays (attention c’est mon point de vue...) que celles proposées par l’UE. Quelle est la meilleur alternative, l’UE dont le système économique et politique on le voit, a bien du mal à fonctionner ou bien la Russie en plein renouveau ( désolé pour ceux qui croyait que la Russie n’était plus importante sur le plan international mais la Russie s’est relancé sur tous les plans - quoi qu’au niveau de la démocratie et des droits de l’homme on est pas encore au top...). Mais j’aimerai quand même voir, Loukachenko partir, ou si par malheur il restait qu’il respecte la liberté d’expression et qu’il cesse ses répressions envers l’opposition (utopie, utopie quand tu nous tiens !)
Je soutiens totalementle mouvement Zubr depuis que je les connais et espérons le meilleur avenir possible pour le Belarus ! oudatchi !
Tout à fait ! Sur l’UE l’ancien dissident soviètique Vladimir Boukovsky a écrit un livre au titre évocateur : "L’UE une nouvelle Union Soviètique ?", la question se pose tellement que l’on se demande pourquoi loukachenko, nostalgique du défunt empire, et amateur de dictature ne souhaite pas l’intégrer.
On ne voit pas pourquoi plusieurs états de l’ex URSS ne reconstituraient pas un ensemble cohérent, viable, économiquement fort et à terme démocratique. Un ensemble qui d’ici 20 à 30 ans pourrait être bien plus important que l’UE, si celle-ci existe encore.