Capitale : Minsk
Population : 10 M hab.
Superficie : 207 600 km²
Membre du large éventail politique réuni autour de la candidature présidentielle d’Alexandre Milinkevitch, le Front populaire biélorusse s’inscrit dans la tradition des mouvements politiques dissidents des dernières années de l’URSS. Le Front populaire est aujourd’hui membre de la coalition des Forces démocratiques unifiées, qui présente un candidat unique face à Alexandre Loukachenko lors des élections présidentielles du 19 mars prochain. Rencontre avec son dirigeant, Vintsuk Viatchorka.
Courrier de la Biélorussie (CdBY) : Comment votre mouvement est-il apparu sur la scène politique biélorusse ?
Vintsuk Viatchorka (VV) : Le Front populaire biélorusse (FP) est né en 1988, d’un mouvement de jeunes intellectuels dissidents. Il s’agit de la première formation démocratique à avoir vu le jour dans le cadre de la perestroïka. Dans toutes les républiques soviétiques, il y a eu des fronts anticommunistes naissants durant cette période, qui se sont ensuite restructurés sous forme de partis, comme dans les pays baltes par exemple. Ici, les choses sont un peu plus compliquées : nous sommes à la fois un parti politique, et une association issue de la société civile.
CdBY : Quels ont été les premiers pas du Front national en tant que parti politique ?
VV : Avant toute chose, merci de ne pas parler de Front national mais de Front populaire (l’expression russe, « Народный фронт », peut avoir ces deux significations en français, NdlR). Nous ne voulons pas être associés aux mouvements ultranationalistes d’Europe occidentale.
Pour répondre à votre question, notre parti a eu un groupe parlementaire très fort jusqu’en 1995, jusqu’au détournement du pouvoir par Alexandre Loukachenko. Aujourd’hui, nous formons une coalition avec une dizaine d’autres partis. Au niveau régional, nous avons des structures dans 100 raïons (divisions administratives, NdlR) sur 140, mais la plupart ne sont pas légalement enregistrées puisque le ministère de la Justice refuse de reconnaître leur existence. D’ailleurs, si Loukachenko est réélu en mars prochain, je crains qu’il ne fasse interdire notre parti. Mais si c’est le cas, nous continuerons malgré tout, comme à l’époque soviétique.
CdBY : Pouvez-vous nous expliquer la position de votre parti quant à la grande coalition qui s’est constituée contre Loukachenko ?
VV : Tous les partis qui forment la coalition autour de la candidature d’Alexandre Milinkevitch ont oublié temporairement leurs différences pour s’unir contre Loukachenko. Au sein de cette coalition, il y a par exemple le Parti des communistes biélorusses. Nous ne partageons pas du tout les mêmes idées, bien sûr, mais je respecte ce parti et ses dirigeants : ils sont intègres, et ils croient en ce qu’ils font. Nous partageons tous les mêmes objectifs : rétablir la constitution, défendre les droits de la personne et réformer ce pays.
Lors de l’élection présidentielles de 2001, nous avons tenté de présenter un candidat unique, mais sans succès et trop tard. C’est pourquoi nous avons appelé au boycott de ce scrutin. Cette fois-ci, c’est différent. Depuis 2004, nous formons une coalition avec quatre autres partis, puis cinq autres nous ont rejoint en décembre de cette même année. C’est pour être prêt lors du prochain scrutin que nous avons organisé un Congrès en octobre dernier, afin d’institutionnaliser ce concept de coalition et de définir notre candidat commun.
CdBY : Revenons au Front populaire : quel est le programme de votre parti ?
VV : Le Front populaire est proche du Parti populaire européen. Nous souhaitons promouvoir les valeurs traditionnelles de la Biélorussie, nous avons une approche économique assez libérale et un programme social plutôt conservateur. Nous souhaitons également mettre en avant les idées nationales biélorusses : il ne s’agit pas de chauvinisme, mais étant donné l’histoire récente de notre pays, c’est la seule façon de dépasser le stade du soviétisme que nous avons connu durant de nombreuses décennies. L’identité nationale biélorusse est nettement européenne, tout comme celle de l’Ukraine ou de la Géorgie. C’est tout le contraire de Loukachenko, qui revendique une identité totalement soviétique. La Biélorussie de Loukachenko, c’est en réalité une URSS en miniature. Tandis que nous, nous sommes pour l’adhésion de la Biélorussie à l’Union européenne et à l’OTAN.
CdBY : Ceci ne fait pourtant pas partie du programme commun de l’opposition ?
VV : C’est une coalition très large : ces questions seront réglées lorsque la démocratie sera de retour... Aujourd’hui, ce ne sont pas les programmes politiques de chacun de ces partis qui comptent, ce qui importe, c’est la chute de Loukachenko.
CdBY : Le Front populaire a joué un rôle important dans la diffusion d’informations concernant Tchernobyl : Quel est exactement le rôle de votre parti dans la gestion de cette catastrophe ?
VV : La question de Tchernobyl est un élément essentiel de notre plate-forme politique. Nous avons une équipe de scientifiques, qui a proposé un programme sérieux d’évacuation des zones contaminées. Le Président Loukachenko a refusé de suivre ce programme, pourtant approuvé par de nombreux scientifiques. Nous tentons de sensibiliser les gens, en organisant par exemple une marche annuelle depuis 1988 dans les grandes villes, afin de ne pas oublier. Mais les autorités refusent de dire la vérité sur la catastrophe, ce qui n’aide pas à mobiliser la population sur cette question... En fait, le régime a peur de cette question. Par exemple, les enfants malades qui vont à l’étranger pour suivre des traitements reviennent au pays avec une vision totalement différente de la Biélorussie, du pouvoir, de la façon de vivre. Loukachenko craint les conséquences de ces voyages, des récits de ces enfants sur leurs parents.
Loukachenko organise lui aussi une marche de Tchernobyl, mais c’est de la propagande ! Les dirigeants veulent montrer que le pouvoir fait des efforts sur cette question, notamment au niveau social. Mais plutôt que de déplacer les gens vers des zones « propres », ils préfèrent investir dans les zones contaminées !
Moi je suis Biélorusse, et actuellement en France. C’est vrai que notre président il est un dictateur, il est aussi assez fou. Cependant tout n’est pas si noir chez nous et c’est parfois mieux pour l’économie et le social que chez des voisins.
Il a limiter notre culture traditionnelle et c’est mauvais. Mais c’est vrai notre avenir est avec les russes pas avec l’ouest, ou alors toute la CEI adhère à l’UE !
On avait de l’espoir avec l’Ukraine, mais ceux qui gouvernent avaient deja gouvernés avant et ils n’ont pas changé leurs methodes, et qu’ils veulent dissoudre la nouvelle assemblée si les vaincus d’hier l’emportent ne m’étonne pas ! Mais eux peuvent le faire car ils sont certifiés démocrates par l’ouest !Pourquoi veulent-ils rentrer dans des structures de l’ouest alors que nous pouvons tenter aussi de construire une union puissante et coherente en apprenant la démocratie ?
Je suis d’accord il faut que l’opposition dise maintenant si elle veut dissoudre notre pays dans l’ouest. J’ai peur que ce soit le cas, alors c’est pire que Loukachenko...
L’opposition biélorusse se garde bien d’adopter un "modèle de révolution", du moins c’est ce qui semble se passer jusqu’à maintenant. (c’est... calme !)
Je crois que c’est un peu simple de réduire le problème à la question "entrer (ou pas) en Europe" mais je suis d’accord qu’il y a d’autres priorité pour le moment.